Master classes en Lubéron

musique-363 - 1J’ai eu le plaisir de passer au mois d’août, quelques jours dans le Lubéron, à l’occasion du Festival international de piano qui a lieu tous les ans à La Roque d’Anthéron. Je recommande vivement à tous ceux d’entre vous qui aiment le piano de s’y arrêter un jour.

Trois grands pianistes et un Bösendorfer sous les platanes centenaires

La Roque d’Anthéron est un petit village très tranquille à l’heure où se déroulent les Master Classes, dans les allées du Château de Florans. Sous les platanes multi centenaires, abrités sous une tente, se trouvent deux jeunes pianistes (Ada Gorbunova et Vitali Gavrouc qui forment le Duo Aventure) assis côte à côte devant un magnifique quart de queue Boesendorfer, un professeur de renom (Christian Ivaldi, soliste et chambriste reconnu, également brillant accompagnateur), ainsi qu’une trentaine de passionnés comme moi.

Après avoir écouté intégralement la pièce de Mozart que les deux jeunes artistes en résidence ont travaillée (Sonate pour piano à 4 mains en Fa majeur, K497), C. Ivaldi les remercie et les félicite pour leur jeu (« C’est du travail très sérieux, je n’en attendais pas moins de vous ») ; puis, il leur demande de tout reprendre depuis le début. À ce stade, nous tous, dans le public, nous interrogeons sur ce qui pourrait bien être amélioré dans ce que nous venons d’entendre. C’est donc d’une oreille attentive que nous attendons la suite.

Des nuances qui font la différence

Ici, à ce niveau de maîtrise de l’instrument, on ne parle pas ‘technique’, mais ‘nuances’. Mesure après mesure, C. Ivaldi décortique la pièce, la resituant dans le contexte dans lequel elle a été écrite, interrogeant ses élèves sur leurs choix d’interprétation, sur l’intention supposée du compositeur. Il suggère des corrections dans le rythme, donne des indications sur la façon dont les deux pianistes doivent se répondre comme les instruments le feraient dans un orchestre symphonique.

C. Ivaldi fait également un parallèle avec l’opéra. La pièce commence en effet par un Adagio ce qui est assez rare chez Mozart. Il recommande à A. Gorbunova de rester en rythme, de marquer la pulsation, car sinon cela rend l’ensemble artificiel. La musique de Mozart requiert de garder le tempo. En ralentissant ou en surenchérissant les nuances romantiques, on court le risque de tomber dans le « pompeux », le « superficiel ». Enfin, il insiste sur l’importance pour le pianiste qui joue la partie basse de prendre sa place et de ne pas se limiter au rôle d’accompagnateur rythmique ou harmonique : ceci est particulièrement important pour faire ressortir chant, contrechant et canon.

En conclusion de cette master class, C. Ivaldi suggère aux deux pianistes virtuoses d’aller découvrir des pièces de duo pour piano de Kurtag ou de Ligeti moins jouées, mais tout aussi intéressantes.

 

L’heure passe vite à écouter ces trois grands pianistes travailler ainsi et c’est un régal d’entendre la différence d’interprétation induite par les conseils avisés de C. Ivaldi. En m’éloignant de la tente, je pense qu’il me faudra trouver la partition de cette belle pièce de Mozart… En attendant, une sieste dans l’herbe moelleuse au pied d’un grand séquoia m’aidera à attendre la prochaine Master Classe.

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